Introduction
Derrière Pierre & Antonin, il y a deux associés, une amitié née à New York, et une conviction partagée : qu’il est possible de faire du bon vin sans forcer la nature. Les deux amis travaillent exclusivement avec des cépages résistants, cultivés en agriculture biologique, vinifiés sans intrants. Une approche qui tranche avec les codes du vin conventionnel et qui commence à faire parler d’elle bien au-delà du Languedoc.
Antonin gère le développement commercial et l’export de Pierre & Antonin. Il jongle entre les marchés américain, japonais, coréen et européen, avec une mission : convaincre les acheteurs et les consommateurs que les cépages résistants méritent leur place dans le verre. On lui a posé quelques questions !
Rencontre avec Antonin, co-fondateur de Pierre & Antonin
Comment tu décrirais Pierre & Antonin à quelqu'un qui ne vous connaît pas du tout ?
« Pierre & Antonin, c’est quatre axes bien définis. Nous faisons des vins issus de cépages résistants en viticulture bio. En œnologie, on est sans intrants — donc en vinification nature. Et on met tout ça dans des emballages éco-conçus. En quatre points, c’est ce que sont les vins Pierre & Antonin. »
Tu as rejoint le projet en 2020, qu'est-ce qui t'a convaincu de franchir le pas ?
« À la base, l’amitié avec Pierre. Et puis le fait qu’on réussisse à se mettre d’accord sur un projet commun : une vinification sans intrants, les cépages résistants, faire quelque chose de clair, de différent, qui sorte un peu des sentiers battus. Ça, ça a été vraiment le moment pivot qui m’a décidé de signer et de rejoindre l’aventure. »
Comment tu expliques les cépages résistants à quelqu'un qui ne connaît pas ?
« Les cépages résistants, ce sont des cépages issus de croisements avec des vignes sauvages. Pourquoi c’est important ? Parce qu’ils sont résistants aux maladies de la vigne. Ces maladies, pour faire simple, ce sont des champignons pour la plupart.
Même en bio, les vignerons mettent du soufre et du cuivre. Nous, comme on a des vignes immunisées contre les champignons, on n’a même plus besoin de ça. Non seulement on est bio, mais on est « super bio » : on n’a pas besoin de mettre quoi que ce soit d’autre en plus. »
C'est quoi le plus grand malentendu que les gens ont sur les cépages résistants ?
« Certaines personnes peuvent penser que c’est des manipulations de génotypes, donc que c’est des OGM. Ce qui n’est absolument pas le cas. C’est l’inverse des OGM. Ce sont des croisements complètement naturels, entre deux plantes, avec pistil et étamine, à l’ancienne. Il n’y a absolument rien d’OGM là-dedans, c’est même le contraire ! »
Les Grapi, c'est une gamme plus accessible, comment on fait des vins moins chers sans faire de compromis sur la qualité ?
« Pour faire des vins moins chers, ça se joue d’abord sur le temps d’élevage : on travaille avec des vignes un peu plus jeunes, des temps d’élevage un peu plus courts, des profils un peu plus légers. Et puis on les met dans des emballages éco-conçus : sans cire, par exemple. Donc à la fois l’âge des vignes, le temps de vinification, et le packaging.
L’idée, c’est de faire le moins possible, et de garder toute notre énergie pour faire de bons vins. »
Tu gères l'export sur des marchés très différents : États-Unis, Japon, Corée, Europe du Nord. C'est quoi la différence de rapport au vin naturel selon les pays ?
« À une époque, tous les marchés étaient très différents : le marché américain, le marché danois, le marché français… Chacun avait ses spécificités. Elles existent encore, mais ce qu’on observe de plus en plus, c’est que le consommateur Pierre & Antonin est à peu près le même dans tous les marchés. Des gens de la génération Y ou Z, éco-responsables, conscients de l’écologie et de l’environnement, plutôt urbains. Que ce soit à Copenhague, au Japon, en Suède ou à Brooklyn le profil converge !
On commence à voir émerger une génération qui s’intéresse à ce qui va se passer et qui fait attention à ce qu’elle boit et comment elle consomme. Et ça, c’est quelque chose qu’on voit à travers le monde entier. »
On est en 2026, est-ce que tu sens que le regard sur les cépages résistants est en train de changer ?
« On aurait espéré que ce soit beaucoup plus rapide. Mais oui, on le voit déjà — au niveau des prescripteurs, des cavistes, des importateurs, des distributeurs. On voit aussi de plus en plus de restaurants qui font du farm to table, de la bistronomie, qui essaient de faire des circuits courts, de connaître tous leurs fournisseurs. Ces restaurateurs se rendent compte de l’intérêt de la démarche : des vins qui vont sublimer leurs plats, qui permettent de manger bien dans l’assiette et d’avoir bon dans le verre, faits de manière raisonnée et sans ajout de rien du tout. »
Conclusion
Cépages résistants, vinification nature, packaging pensé de A à Z, Pierre & Antonin ne fait pas de compromis sur l’essentiel. Et si la reconnaissance prend du temps, Antonin y voit surtout une confirmation : ce qu’ils font est encore rare, et c’est précisément ce qui en fait la valeur !
Sources : entretien avec Antonin, co-fondateur de Pierre & Antonin — mai 2026